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La crise ivoirienne ou la honte du siècle sur fond du conflit classique entre légalité et légitimité !
La crise ivoirienne confronte donc enfin de compte notre époque avec les règles qu?elle s?est données pour régir les relations internationales : deux poids, deux mesures. Cela affaiblit la Communauté internationale et l?ONU, et tout dictateur potentiel, ou tout « démocrate » reconverti en dictateur, peut en tirer la substance nourricière de ses velléités. Il est donc impératif de repenser complètement le droit public international.
© Boni

December 6, 2010

L’élection présidentielle du 28 novembre 2010 en Cote d’Ivoire aura réussi, en cette fin de semaine, à damer le pion à tous les événements qui ont émaillé l’actualité africaine et internationale de ces cinq derniers jours.

Alors que l’élection de la Russie et du Qatar par la FIFA pour organiser les coupes du monde de 2018 et 2022 ont suscité les réactions les plus diverses, y compris celle de Barack Obama, accusé de manquer de fair-play ; alors que le Nigéria annonce son intention de poursuivre l’ancien vice-président américain Dick Cheney, PDG entre 1995 et 2000 de la société Haliburton, soupçonnée dans une affaire de dessous-de-table d’environ 182 millions de dollars présumés versés sous son mandat, au moment de la construction de l'usine de gaz naturel liquéfié de Bonny Island, au sud du Nigéria ; alors que Yves Michel Fotso, l’ancien PDG de la CAMAIR[1], vient d’être écroué à la prison de Kodengui à Yaoundé dans le cadre de la ténébreuse affaire de l’achat d’un avion présidentiel, l’albatros, l’appareil étant dans un état défectueux ; alors que Paul Biya, le président camerounais, fait la une des medias à la suite du rebondissement en France des accusations pour cause de biens mal acquis et de recel de biens publics; alors qu’en République Centrafricaine les combats font rage à Birao au nord-est du pays et que les morts se comptent par dizaines ; alors que le climat devient fou, épargnant curieusement une région comme l’Islande, où la neige a habituellement ses quartiers, pour sévir avec rigueur en Europe de l’ouest et de l’est, cependant que des températures extrêmement élevées frappent Israël ; alors que les Haïtiens, frappés sans relâche par des cortèges de malheurs, abandonnés à eux-mêmes, pour exorciser un sort décidément trop cruel, finissent dans des folies meurtrières, face à l’incapacité de l’Etat de les protéger ; alors que la Corée du nord tire une fois de plus, son macabre plaisir à l'un de ses jeux préférés avec sa soeur ennemie du sud, mettant le monde sur les dents, et se mettant les américains à dos; eh! bien, alors que le monde est ainsi déchiré par les éléments aussi bien que par le fait de l’homme, en Côte d’Ivoire on assiste à des scénarii plus extraordinaires et plus surréalistes les uns que les autres, dans le cadre d’un processus qu’on avait pourtant cru bien engagé et susceptible d’administrer aux yeux du monde la grande preuve dont rêvait Patrice E. Lumumba : la preuve de ce qu’une Afrique libre et indépendante est capable de réaliser. Que dire ? Que la montagne aura accouché d’une souris ? Que les fruits n’auront pas tenu la promesse des fleurs ? Choisissez la formule qui vous conviendra. Une chose est sûre : les clichés les plus éculés sur l’Afrique ont refait surface et tous les ethnologues et africanistes se sont vus confortés dans leurs analyses les plus discutables sur la notion de pouvoir en Afrique ou sur la capacité des Africains à s’assumer ou à intégrer la démocratie dans leur culture. Ce d’autant plus que l’élection d’Alpha Condé en Guinée n’est pas allée sans un soupçon terrible qui en affadit l’éclat, comme nous le signalions dans notre chronique de la semaine dernière.

Ainsi, après avoir reporté six fois, jusqu’en 2010, l’élection présidentielle, après avoir pris le temps d’atomiser les partis « houphouëtistes » et celui d’acheter les rebelles et d’embourgeoiser l’armée, après avoir mis sur pied un dispositif destiné à le maintenir au pouvoir, Laurent Gbagbo, n’aura pas moins perdu l’élection, ce qui ne l’a pas empêché d’évoquer la légalité pour tenter de s’imposer à son peuple contre la volonté de ce dernier, risquant de mettre le pays à feu-et-à-sang. Gbagbo lui-même était pourtant arrivé au pouvoir démocratiquement, quoique dans un contexte également très tendu.

Quelles que soient les spéculations auxquelles l’attitude de Gbagbo peut donner lieu, la question de fond demeure la confrontation entre légitimité et légalité, cette arme fétiche des fascistes.

 

Les Africains signent généralement un chèque en blanc à Gbagbo pour le folklore qu’il orchestre avec doigté autour de ses protestations nationalistes. Ses coups de tête contre la France, son nationalisme quelquefois frileux lui ont en effet valu la sympathie de beaucoup. Du coup on oublie qu’on a affaire, dans cette crise ivoirienne, à la rupture d’un processus qui représente une chance historique pour un pays et pour l’Afrique, à la mise en danger d’un peuple, mais surtout à l’odieuse tentative de s’embusquer derrière le paravent de la loi pour tenir en échec la voix d’un peuple. Simone Gbagbo, l’épouse de l’autre, n’a d’ailleurs pas hésité à opposer cette voix du peuple ivoirien à celle Dieu: « ce qui se passe en Côte d’Ivoire aujourd’hui, a-t-elle déclaré en substance, est la volonté de Dieu. » Rien que ça! Sait-elle aussi qu’en science politique, une formule latine dit : vox populi, vox dei ? La volonté du peuple est donc la volonté de Dieu, et se soumettre à cette volonté, c’est faire celle de Dieu. En réalité Dieu a bien peu de chose à voir dans cette histoire, il a bien plutôt trop bon dos, comme toujours!

 

On a vu les sorties enflammées de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, prêt à tout pour défendre Gbagbo. On se souvient aussi du passage sur les antennes de TV5 Monde de la responsable en France de la campagne de Gbagbo et de son parti, le FPI[2]. Tous deux n’ont eu de cesse d’évoquer les textes ivoiriens en matière électorale, renvoyant ceux qui contestent la victoire de Gbagbo à s’y reporter pour en savoir plus. La responsable en France de la campagne de Gbagbo a même osé un mot du genre « ce sont les lois et les institutions qui désignent le président en Côte d’Ivoire ». De leur point de vue, la Commission Electorale Indépendante (CEI) n’a qu’un rôle secondaire, la Cour Constitutionnelle (CC) étant seule habilitée à proclamer des résultats définitifs après avoir liquidé les contestations nées de l’élection. Ils font volontairement fi de ce que ces lois ivoiriennes prévoient très clairement que la CEI, organe indépendant, est habilitée à présenter les résultats provisoires sur la base des procès-verbaux des commission locales ou régionales qui lui sont parvenus. Ce faisant, elle n’effectue qu’une opération arithmétique des plus simples, qui consiste à faire la somme des chiffres en sa possession. Or en déclarant à hue et à dia que la CEI a failli à sa mission en se montrant incapable de remplir son rôle dans les délais légaux, on tait le fait scandaleux et très gênant, qu’elle a été empêchée de le faire sous le regard ébahi du monde entier. Un fier-à-bras pro Gbagbo a, le 1er décembre 2010, carrément arraché les procès-verbaux que le porte-parole de la CEI, Bamba Yacouba, avait devant lui et s’apprêtait à lire, au motif que ces résultats étaient « faux » ou « non consolidés ». Avait-on là encore affaire à une institution indépendante ? Plus d’une personne a dû, en voyant cette scène surréaliste, se frotter les yeux ou demander à être pincée pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Or pourquoi vouloir empêcher la CEI de faire son travail[3]? Car la Cour Constitutionnelle statue certes sur les irrégularités et contestations qui lui sont soumises, mais ces recours devant l’instance suprême n’ont évidemment pas un effet suspensif de l’action de la CEI. Tout s'est passé comme s’il eût mieux valu pour Gbagbo et ses caciques que la CEI ne proclame pas de résultat du tout, ainsi le maquillage aurait été parfait. Ils auraient pu réussir leur tour de prestidigitation, puisqu’aucun autre résultat n’aurait été connu, que celui que la Cour Constitutionnelle aurait présenté au monde. On aurait beau douter ou fulminer de rage, personne n’aurait eu une base solide pour une contestation valable. Mais mal leur en a pris, car en proclamant les résultats provisoires[4], même hors les délais légaux, je présume que le président de la CEI, M. Youssouf Bakayoko, a voulu remplir une mission historique tout en compliquant la tâche à ceux qui voulaient réduire cette instance à un rôle passif ou à une marionnette, arrachant aux usurpateurs cette indépendance justement, qu’on tente de lui contester.

Enfin, dans le cadre de la présente élection présidentielle en Côte d’Ivoire, l’ONU, aujourd’hui diabolisée par les proches de Gbagbo, est autorisée à entériner le résultat final en tant que certificateur de l’élection.  Or on sait qu’elle l’a rejeté. Si Gbagbo est arrivé en tête au premier tour avec 38% des voix, la coalition entre Ouattara et Bédié au second tour a bien pu faire une grande différence, puisque ces derniers ont obtenu respectivement 32% et 25% des suffrages exprimés. Le Représentant Spécial su SG de l'Onu pour la côte d'Ivoire, Choi Young-Jin, qui s’est prononcé ouvertement pour Alassane Ouattara sur la base de la proclamation faite par la CEI, justifie ainsi sa position lors d'une conférence de presse, face aux questions pressantes des journalistes : « […] Il ne devrait pas y avoir de confusion. Pourquoi ? Parce que le Gouvernement ivoirien a invité le Conseil de Sécurité à me donner le mandat de certifier le résultat des élections en Côte d’Ivoire. Certifier. Il y avait deux résultats, l’un par la Commission, l’autre par le Conseil Constitutionnel. Je suis là pour certifier avec l’autorité finale. Je répète encore une fois : en tant que certificateur, j’ai analysé tous les procès-verbaux que j’ai reçus de la CEI. Voici ma conclusion : même si toutes les réclamations déposées par la Majorité Présidentielle étaient prises en compte en nombre de procès-verbaux, et donc de votes, le résultat tel que proclamé par le Président de la CEI le 2 décembre ne changerait pas, confirmant que le candidat Alassane Ouattara est le vainqueur de l’élection présidentielle […] » L’ONU, au moins dans le cas ivoirien, peut donc difficilement être taxée d’agent déstabilisateur ou d’ingérence dans les affaires souveraines de la Côte d’Ivoire, comme l’en accuse le camp Gbagbo, puisque sa présence et son rôle ont été requis par le gouvernement ivoirien lui-même. 

 

L’argument d’ingérence avancé par Gbagbo et son camp en versant une larme de crocodile sur la souveraineté nationale piétinée masque mal la soif de pouvoir d’un individu et doit être jugé irrecevable.

Il ne faut en effet pas oublier qu’un très grave forfait vient d’être commis contre le peuple ivoirien et contre l’Afrique. En démocratie, c’est le peuple qui est le souverain et non un quelconque gouvernant. D’ailleurs, on le dit très peu, mais le peuple est le tout premier corps constitué établi par les lois fondamentales dans tous les pays. Les textes constitutionnels commencent presque toujours par la formule classique : « Le peuple X, considérant… se donne la présente constitution ». Et nul autre que Yao Ndré Paul, celui qui désormais consacre les monarchies de droit divin en Afrique, n’est mieux placé pour le savoir, tout professeur de droit constitutionnel qu’il est. Tout peuple a donc le droit inaliénable et l’autorité inviolable pour congédier tout gouvernant qui n’aurait pas satisfait ses attentes, et la noblesse du dirigeant serait de s’incliner avec respect et dévotion devant une telle expression de volonté, surtout quand elle est aussi cinglante qu’elle l’a été en Côte d’Ivoire. Sans l’assentiment du peuple, il n’y a pas de légitimité possible, même si on prétend avoir la légalité pour soi. L’absence de légitimité conférée par les urnes crée une situation inévitable de tension sociale et politique, terreau fertile du désordre, de la violence voire de la guerre civile, dont les répercussions sur les développements humain, économique et global du pays sont incalculables, en tout cas destructrices. Le rejet par Laurent Gbagbo et son camp des résultats proclamés par la CEI ainsi que leur repli sur les dispositions légales illustre parfaitement l’opposition entre légalité et légitimité lorsque les politiques veulent fonder en droit leur forfaiture. Les nazis ne firent pas autre chose, qui trouvèrent des lois pour toutes leurs exactions, tout comme les impérialistes qui forcèrent les peuples « indigènes » dans des traités bidons, ou les pouvoirs coloniaux, qui produisirent des documents barbares comme le tristement célèbre Code noir, ou qui, à la conférence de Berlin de 1884, déclarèrent l’Afrique « territoire sans maître », pour justifier un dépeçage dont l’une des répercussions peut être vécues dans la crise ivoirienne qui nous scandalise aujourd’hui. Or, faut-il le rappeler, la loi n’est pas la justice, et on n’est pas dédouané si pour justifier ses actes on allègue l’ordre de la loi. C’est pourquoi des hommes ayant commis des crimes abominables sous le couvert de la légalité peuvent être poursuivis par la justice internationale, même des décennies après les faits.

 

L’entêtement de Gbagbo va faire souffrir les Ivoiriens et l’Afrique. Des camps et des alliés vont se créer. Et dans la foulée des affaires louches qui se trament habituellement au cœur de la nébuleuse Françafrique devenue depuis Mafiafrique, les scénarii les plus inquiétants sont imaginables. Il va de soi que les ennemis de Gbagbo ne s’en tiendront pas longtemps au langage amphibologique et à la finasserie de la diplomatie ni aux protestations platoniques des uns et des autres.

Les grandes questions de l’heure sont les suivantes : qu’adviendra-t-il des ivoiriens et de leur pays, si d’aventure les protagonistes prenaient les armes, comme c’est déjà arrivé dans ce pays? Que se passera-t-il si les ennemis de Gbagbo décident de l’éjecter du fauteuil auquel il semble s’être fait fixer avec de bien gros boulons ? A quel avenir est promise une Côte d’Ivoire divisée entre deux présidents et deux premiers ministres ? Cette perspective me fait frémir d’horreur ! Car il se profile sur la toile imaginaire des machineries politiques, les images insoutenables des tragédies et des drames de toutes sortes : des rues jonchées de cadavres, de la terre ivoirienne et africaine gorgée du sang de ses propres enfants, des bruits de bottes de troupes entrainées à tuer, massacrant leur propre peuple, de cortèges de fuyards cherchant refuge dans des pays voisins, de vies brisées, de destins individuels et collectifs bloqués ; et on aperçoit d’ici le voyeurisme des medias, l’agitation frénétique des ONG, les hurlements sans effets de la Communauté internationale, etc. Et l’Afrique toujours plus sombre, toujours plus mal… avec ses potentats aux yeux vitreux de crocodiles aux aguets, aux faces rondes et luisantes des excès de tous genres, assis comme des vampires sur le dos de leurs peuples exsangues !!! Gbagbo veut-il vraiment livrer son pays et l’Afrique à une telle calamité?

 

 

Comment comprendre l’attitude « jusqu’auboutiste » de Gbagbo? La course contre la montre engagée par lui vise à prendre tout le monde de vitesse. En prêtant serment dans un concert de protestations internationales tous azimuts, il n’hésite pas à croiser le fer seul contre tous. De nombreux pays dont les USA et la France, des organisations comme l’ONU en tant que certificateur comme on l’a vu ci-dessus, l’Union Africaine[5] et la CEDEAO, reconnaissent pourtant la victoire d’Alassane Dramane Ouattara, rejetant ainsi implicitement l’attitude de Gbagbo, qui semble, littéralement, se foutre complètement de la gueule de tout le monde. Et à en juger par sa superbe lors de son discours d’investiture, dans lequel il passe à l’offensive et menace, rien ne semble pouvoir l’ébranler. Pourquoi? Je crois que l’histoire et l’actualité sont riches en événements qui permettent à Gbagbo d’espérer tranquillement un avenir radieux. D’abord, Gbagbo et ses affidés sont encore empêtrés dans les réflexes et complexes nés de la colonisation : en jetant un regard sur l’histoire postcoloniale du continent africain, il leur est facile de faire un inventaire rapide de la longévité politique de leurs prédécesseurs, en commençant par Houphouët Boigny de Côte d’Ivoire, qui est mort le 7 décembre 1993 après un long règne de 33 ans; Ahmadou Ahidjo du Cameroun, 22 ans; Moussa Traoré du mali, 23 ans ; Mobutu Sese Seko Kuku Ngwendu wa Za Banga, 32 ans ; le mollah Omar, 32 ans ; Eyadéma du Togo, 38 ans, et j’en passe[6]! Or le grand argument de ces obsédés du pouvoir était qu’ils avaient besoin de temps pour conduire à bien leur mission, après les années de trouble qui avaient paralysé le pays. Gbagbo dit-il autre chose? Les Bongo et compagnie n’ont-ils pas trouver leurs meilleurs défenseurs dans les classes politiques occidentales qui les qualifiaient de « sages de l’Afrique »? Gbagbo semble n'avoir pas considérer un seul instant l'hypothèse qu'il pouvait sortir perdant de cette élection.

 

Ensuite, Gbagbo et ses alliés peuvent se rendre compte que même les hommes politiques africains les plus contestés ont fini par se voir accepter progressivement par tous et même à passer pour des gens de bien, voire à se fabriquer un semblant de légitimité : Denis Sassou Nguésso, Idriss Debi, Blaise Compaoré par exemple, ce dernier étant même devenu médiateur dans les crises ivoirienne et guinéenne. On aura tout vu ! Mamadou Tamja du Niger, qui a récemment gratifié l’opinion mondiale d’un spectacle des plus ubuesques, serait d’ailleurs parvenu à ses fins, si des éléments de son armée ne s’étaient opposés à ses folies. La Communauté internationale et l’ONU réunies n’auraient pas pu le stopper, pas plus qu'elles ne purent en son temps stopper un George W. Bush engagé dans une logique infernale de guerre aux effets durablement dévastateurs, sur fond de mensonge et de complot, dont il a aujourd’hui le toupet de se vanter dans un livre sans que cela lui cause le moindre tracas, alors que Jean-Pierre Mbemba doit répondre de ses actes devant la CPI. La junte Birmane a fait de Aung San Suu Kyi ce qu’elle a voulu, sans que les protestations de la soi-disant Communauté Internationale et de l’ONU, assorties du cortège habituel de sanctions, y fassent quoi que ce soit. La Chine peut massacrer les Ouïgours et soumettre les tibétains, enfermer des prix Nobel, violer constamment les droits humains et demeurer une grande puissance sans plus de conséquence. Et tout cela, Gbagbo et son camp le savent.

Moralité : quand vous tenez le pouvoir, tenez le fermement, et tous finiront par se plier à votre volonté d’acier. N’est-ce pas fascinant? La crise ivoirienne confronte donc enfin de compte notre époque avec les règles qu’elle s’est données pour régir les relations internationales : deux poids, deux mesures. Cela affaiblit la Communauté internationale et l’ONU, et tout dictateur potentiel, ou tout « démocrate » reconverti en dictateur, peut en tirer la substance nourricière de ses velléités. Il est donc impératif de repenser complètement le droit public international.

 

Ce qu’on ne pardonnera pas à Laurent Gbagbo, c’est d’avoir exposé son peuple au danger de la guerre civile dont les cendres de la toute dernière sont encore incandescentes. Ce danger est réel. La fameuse scène surréaliste du 02 décembre, où le monde entier a eu les yeux exorbités en voyant un proche de Gbagbo arracher au président de la CEI les procès-verbaux au moment où ce dernier voulait annoncer les résultats provisoires aurait pu déclencher un bain de sang. Les tueries qui ont suivi le même soir dans un local où se trouvaient des militants d’Alassane Ouattara, faisant huit morts, auraient pu mettre le feu aux poudres. La fermeture des frontières, la menace d’expulsion du représentant local des Nations Unies ainsi que la suppression des émissions de la presse étrangère, le déploiement de l’armée montre en tout cas la crispation de Gbagbo sur le pouvoir, même au risque de l’isolement et du déclenchement d’une série de sanctions économiques, politiques et diplomatiques. Ces mesures font craindre aussi le basculement du pays dans l’ère du conformisme et du lavage de cerveau qui avaient cours sous le parti unique que Gbagbo aurait prétendument combattu. On peut craindre qu’une dictature pure et dure ne s’installe en Côte d’Ivoire et ne dévore ce beau pays! Sans compter le risque de sécession qui menace le pays, Guillaume Soro s’étant rangé aux côtés de Ouattara. Déjà, on entend des rumeurs de coups de feu dans les régions nord et sud… La Côte d’Ivoire va-t-elle prendre feu et se consumer dans une spirale de guerre pour assouvir la soif de pouvoir d’un seul homme ? Combien d’Ivoiriens doivent encore mourir pour que Laurent Gbagbo réalise le danger qu’il représente pour son peuple? La CEDEAO, qui a convoqué une réunion de crise sans adresser d'invitation à la Côte d'Ivoire, affirme que tout sera mis en oeuvre pour protéger les civils ivoiriens, pour que la Côte d'Ivoire ne soit pas ravagée par la guerre, et pour que la démocratie ivoirienne ne soit pas détruite. Parole du président Ghanéen. Peu importe qu'on aime ou qu'on n'aime pas Ouattara. D'ailleurs, son pacte avec Bédié et son allégeance à l'"houphouëtisme" rappelle trop l'allégeance à la France et à travers elle aux intérêts impérialistes. Ce qui importe, c'est que le droit à l'autodétermination du peuple ivoirien ne soit pas bafoué. Ainsi, même si on croit que le peuple se trompe de candidat, sa volonté n'en doit pas moins être respectée. Le peuple a même le droit de se tromper. C'est de nos erreurs que nous apprenons. Au demeurant, tout recours au tribalisme ou à la religion pour expliquer la crise ivoirienne m'apparaît une caricature si grossière, que je ne vois même pas la nécessité de m'y attarder.

En fin de compte, et en dépit de l’activité foisonnante de la Communauté internationale et de l’ONU, seul le peuple ivoirien pourra, réduire et résorber le péril grave auquel il est exposé. Nous sommes auprès des ivoiriens dans leur dur et héroïque combat, un combat qui est imposé par les puissants de notre époque à tous les peuples d'Afrique, et partant à tous les peuples opprimés de notre monde prétendument si moderne et si civilisé, et pourtant si violent, si peu généreux, si égoïste! Il ne reste plus qu’à espérer que le peuple ivoirien, si ardent et si passionné pour sa liberté, perce à jour le jeu odieux des usurpateurs et fasse un choix salvateur pour l’avenir de ses enfants et pour la grandeur de l’Afrique! Mais une main qui aide n'est jamais de trop. Aussi voulons espérer que les intentions d'aide exprimées de part et d'autre ne dureront pas que le temps que dure le feu éphémère des projecteurs de l'actualité médiatique!  Ce ne sont malheureusement pas les exemples qui manquent: Regardez Haïti...

Après tant de tristesse, terminons tout de même avec une note cocasse.

Et le plus cocasse dans l’actualité internationale de la semaine écoulée reste quand même l’embarras de la France face aux agissements pour le moins invraisemblables de son ambassadeur à Hong Kong, voleur récidiviste de vin de prix dans un restaurant huppé, provoquant des soulèvements de sourcils, des rires sous cape, des gausseries chaudes et de chaudes gorges sur toute la planète. A l'ère du règne des caméras cachées, on se demande comment cet homme si "raffiné" a pu compter sans la présence d'une... caméra embusquée juste au-dessus de sa tête!

Cette semaine aura décidément été celle des scènes les plus surréalistes!
Au plaisir de vous avoir encore la semaine prochaine pour une autre chronique hebdomadaire de Duudle, la Casa Africa!

 



[1] Cameroon Air Line

[2] Front Populaire Ivoirien.

[3] Et en passant, personne ne pose la question de savoir quelle sanction sera retenue contre les auteurs d’une telle forfaiture, qui ne peut être rapprochée que de la scène ahurissante que l’on vit au Togo pendant l’élection qui a porté l’autre Eyadema au pouvoir au détriment Gil Christ Olympio : des policiers togolais emportant et fuyant avec des urnes bourrées de bulletins.

 

[4] C’était le 2 décembre 2010 : Avec un taux de participation dépassant la barre des 81 pour cent; le candidat Alassane Ouattara a obtenu 54.10 pour cent ; le candidat Laurent Gbagbo obtenant 45.90 pour cent. Par contre, pour le Conseil Constitutionnel, le candidat Laurent Gbagbo aurait obtenu 51.45 pour cent et le candidat Alassane Ouattara 48.55 pour cent, avec un taux de participation de 71.28 pour cent.

[5] Cette dernière n’a franchi le rubicond qu’à la dernière minute, après être restée silencieuse depuis le début de la crise. Sa posture in fine reflète-t-elle l’avis unanime des pairs africains ? On ne peut manquer de se représenter avec quelque amusement la cocasserie d’une réunion au cours de laquelle des Kadhafi, Sassou, Débi, Compaoré et consorts auraient à décider si une élection a été démocratiquement conduite ou pas! Autant demander au lion de quoi les agneaux se nourrissent.

[6] Le règne des deux derniers cités se prolonge, au demeurant, à travers leurs fils respectifs. Communauté internationale, ONU et autres n’ont pu ou su rien y faire.

                              
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