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"Nous n'avons pas le temps d'attendre" pour la libération de l'Afrique
N'avons-nous pas peur d'être libres chaquefois que nous reportons aux calendes grecques l'exigence de ce combat ? Car la liberté suppose d'énormes responsabilités, dont la moindre n'est certes pas de pouvoir s'assumer soi-même !

Bonaventure Tchucham

June 15, 2011

La présente réflexion s'est dévelopée à partir d'un échange avec un compatriote africain au sujet du combat politique en Afrique.Notre compatriote trouvait que nous avons besoin de temps et que certaines idées sur la révolution africaine sont extrêmes :

Merci mon frère pour cette insistance sur la notion de temps dans les combats des peuples, et la pertinence des idées – des utopies - au fondement des bouleversements historiques.

Dans Une Saison au Congo, Aimé Césaire cite Patrice Lumumba, qui avait coutume de dire: "
Nous n'avons pas le temps d'attendre!"

Le douloureux combat des Africains dure depuis si longtemps, il a produit des lignées d'héroïques combattants si nombreux et plus prestigieux les uns que les autres, il a déjà accouché de tant d'utopies, que c'est presqu'une injure de prétendre que nous n'en sommes qu'au début! Demander plus de temps, n'est-ce pas simplement s'inscrire dans la logique de la procrastination?
Avons-nous le temps d'attendre? En avons-nous même le droit ? Les multi-nationales achètent en Afrique toutes les terres arables en prévision des famines qui séviront à l'horizon 2050 selon les prévisions de certains « experts »; la recolonisation de l'Afrique est en train de se faire sous nos yeux; l'un des plus grands maux de l'Afrique prend des proportions exponentielles sous l'effet conjugué des conséquences extrêmes de la globalisation du capitalisme-marchand et de l'incurie des gouvernants-préfets de nos pays: je veux parler de l'exode massif de nos jeunes vers l'illusion el-doradiste de l'Occident. Ce sont nos forces vives, les forces de construction dans tout pays. Ils ont, d'après les analyses, entre 16 et 45 ans. Ils devraient être la prunelle des yeux des gouvernants. Ils ne leur servent que de slogan politique. Et leur mort, aussi cruelle qu'inutile, sur les eaux de l'atlantique, ne soulève même pas une plate protestation de nos "gouvernants";
notre Diaspora constitue une partie non négligeable de l'élite africaine qui préfère le confort de l'Occident – soit que bon nombre fassent ce choix, soit que les conditions en vigueur dans nos pays ne favorisent pas leur retour - alors qu'elle est bien formée et maîtrise de nombreux savoirs spécialisés dans divers domaines des sciences humaines et socio-politiques ainsi que de la technologie moderne, toutes choses dont l'Afrique a cruellement besoin. Avons-nous le temps d'attendre? Ne faut-il pas hic et nunc mobiliser et fédérer nos forces pour tenter une action d'envergure? Ne faut-il pas créer des Etats forts susceptibles de protéger les Africains, les retenir sur le continent, attirer les compétences africaines de l'extérieur vers l'intérieur, et impulser un développement endogène? Sommes-nous des titans de notre temps, ou des nains?
N'avons-nous pas peur d'être libres chaquefois que nous reportons aux calendes grecques l'exigence de ce combat ? Car la liberté suppose d'énormes responsabilités, dont la moindre n'est certes pas de pouvoir s'assumer soi-même !
Et puis, franchement, comment pouvons-nous échapper à une certaine forme d'extrémisme, de radicalisme (si l'on considère la somme de nos problèmes et leur source, si l'on se représente les grands défis de l'Afrique et tout le travail qu'il va falloir faire pour les relever)? Devons-nous loucher sur la qualification de modéré ou de progressiste dont-on gratifie les Africains prêts aux compromis de toutes sortes? Nous en sommes à un point où beaucoup trouveront "extrême" ce qu'il y a de plus normal dans notre démarche historique. En leur temps, les leaders africains du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) furent considérés comme de dangereux extrémistes. On leur colla la commode étiquette de "communistes", et on expédia bon nombre d'entre-eux outre-tombe. Mais qu'y avait-il d'extrême chez Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobe et ses compagnons, et les autres leaders africains come Sékou Touré ou Kwame Nkrumah, sinon qu'ils plaçaient les intérêts de leur pays et le bien-être de leur peuple avant ceux des grands capitaux occidentaux? Ils étaient donc "extrêmes" parce qu'ils demandaient ce que tout dirigeant, tout homme d'Etat normal demanderait pour son peuple, ce qui correspond d'ailleurs aux charges de son mandat!!! Au contraire, ne voyons-nous pas qui est vraiment extrême dans le contexte international ? Les pays qui assurent leur domination et leur hégémonie par la destruction des autres cultures, par la destabilisation d'autres pays, par une violence idéologique et institutionnelle inouïe, ne sont-ce pas là les vrais extrémistes?
Non, nous devons cesser de regarder comme "extrême" toute exigence africaine d'une action décisive dans l'intérêt des Africain(es)! Laissons ce soin à nos ennemis! Alors, si on dit, de ce point de vue: Extremisme! Je réponds: Pourquoi pas?!

Au total, si je comprends la préoccupation de nombre d'entre-nous, qui évoquent souvent l'idée commode que "
Paris n'a pas été bâtie en un jour" pour justifier que la libération de notre continent n'est pas pour demain, je ne saurais m'y résoudre parce qu'à notre époque, nous pouvons vraiment forger les moyens de rendre possible cette libération.
Les ruptures créées dans l'histoire africaine, d'abord par l'esclavage (arabo-musulman ou occidental), ensuite par la percée impérialiste du 18eme siècle, enfin par l'ingénieuse imposition du néocolonialisme dans les années 50/60, ces ruptures ont formé un hiatus énorme, un trou béant dans notre histoire, qui tel le trou noir du cosmos, menace de nous aspirer, à moins que nous ne nous dépêchions de le rambler!

Maintenant, permettez-moi cette petite digression :

Beaucoup s'imaginent que tout ce qu'il faut à l'Afrique pour assurer une développement rapide et le bien-ếtre de ses populations, c'est la maîtrise de la technologie. Je réponds que cette maîtrise, tout en étant nécessaire ne sera pas en elle-même suffisante aussi longtemps que l'Afrique ne sera pas constituée d'Etats forts ou ne se constituera pas en un Etat fort. La porosité de l'Afrique, sa perméabilité, est une énorme source de faiblesse. Un philosophe allemenad a écrit la phrase suivante, assez illustrative de la situation de notre continent : « Wer von allen Seiten offen ist, kann nicht ganz dicht sein » (quiconque est ouvert de tous côtés ne peut être entièrement normal – entendez par là : doit être fou !).

La puissance des Dragons asiatiques, dont la Chine en tête, vient moins de leur maîtrise de la technologie que de la conquête et de la conservation de leur souveraineté politique, de leur indépendance monétaire, et de l'attachement passionnel, j'allais dire viscéral, à leurs cultures ancestrales. C'est là le premier, et le plus déterminant des combats, que l'Afrique doit mener. Si nous y parvenons, c'est alors que notre ouverture à tous les souffles du monde pourra nous être bénéfique, car nous rencontrerions alors les autres nations sur une base paritaire, nous seroins respectés d'elles, nous pourrions choisir, au rendez-vous du donné et du recevoir ce qui nous convient, et rejeter tout ce qui s'éloigne de nos besoins. Dans l'état actuel d'extrême dépendance politique et d'extraversion économique de l'Afrique, toute maîtrise des sciences ou technologies ne fera de nous qu'un objet de marché, soit que nous consommions ce que d'autres ont produit, soit que nous contribuions à produire ce qui est bon pour d'autres.

Et c'est bien ce que nous vivons : quand on parle d'immigration choisie, il s'agit de sélectionner les meilleurs d'entre-nous qui iront renforcer les capacités de production ailleurs. Quelques-uns pourraient se vanter d'être assez qualifiés pour mériter tant de grâce. A vrai dire, nous ne sommes qu'une une sorte de caput mortuum que l'industrie occidentale prend à son service quand elle a besoin de bras, et qu'elle abandonnera sans ménagement quand elle n'en aura plus besoin (pour parler comme Pierre Leroux dans son ouvrage De la Ploutocratie ) ; et quand on parle de globalisation des échanges, il s'agit de brader nos biens publics et d'exposer nos économies plus qu'elles ne l'étaient déjà à la rapacité de capitaux étrangers. Une rapacité qui trouve dans la faiblesse de nos Etats un large portail d'entrée, et dans l'armada de lois et d'accords qui favorisent leur arrivée, un fondement institutionnel qui les fait paraître ce qu'ils ne sont pas : on prétend qu'ils serviront à doper l'économie et par conséquent le développement humain. En réalité, ils dominent notre économie et permettent une recolonisation en douce du continent. Dans tous les cas, pour emprunter une image chère à Jean-Baptiste Sipa, l'Afrique n'a à choisir qu'entre un mal et un mal. Elle est comme un homme qui marche, une épine sous le talon : s'il s'arrête, l'épine s'enfonce ; s'il avance, il clopine. (extrait cité de mémoire d'un de ses articles dans le Journal Le Messager des années de braises, 90-91)

Tout cela se passe sous nos yeux ! Devons-nous réagir ou pas ? Beaucoup disent : « Que Dieu sauve l'Afrique ». A ceux-là, je voudrais rappeler cette mise en garde de Cheick Anta Diop : « Par contre l'Afrique, toute l'Afrique noire y compris l'Egypte (il s'agit évidemment de l'Egypte antique, rien à voir avec l'Egypte contemporaine; c'est moi qui note ), sera traditionnellement le domaine d'un vitalisme qui, minimisant la modeste puissance de l'homme, cherchera toujours à gagner par des moyens religieux appropriés, l'intervention de forces extra-humaines. (…) Ainsi donc, contrairement aux Occidentaux, l'Africain, pour s'assurer une vie matérielle convenable, croira toujours que le moyen le plus sûr est de se consacrer à des pratiques rituelles. (…) c'est au fond un instinct matérialiste qui est à la base de la vie africaine, mais un matérialisme mal compris, un matérialisme erroné, un matérialisme métaphysique en ce sens que l'Africain croit pouvoir agir sur sa destinée en s'appuyant sur des leviers immatériels. La correction de cette erreur doit lui venir d'Occident et c'est le plus grand avantage qu'il puisse tirer de son contact avec celui-ci. » Nations Nègres et Culture, Présence Africaine, ed. 1954,1979, pp. 520-521)

Il ajoute toutefois que cette « analyse n'est valable que pour l'Africain non-islamisé ou non-christianisé. » (ibidem) N'est-ce pas une manière d'insister sur la nécessité pour nous de reconquérir nos cultures ancestrales ?

Pour Conclure, c'est encore Cheick Anta Diop que je citerai : « Les choses arrivent parce que des hommes agissent et non autrement » (Cheik Anta Diop, Alerte sous les Tropiques).

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