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  Aujourd'hui  - 23 April 2018
Les escalades dans la crise ivoirienne, les erreurs de la « Communauté internationale » et le nationalisme de mauvais alois des Africains
  Les escalades dans la crise ivoirienne, les erreurs de la « Communauté internationale » et le nationalisme de mauvais alois des Africains
Ce n?est pas le sort de Gbagbo ou de Ouattara qui est en jeu dans la crise ivoirienne, c?est le sort de la Côte d?Ivoire mais surtout des Ivoiriennes et Ivoiriens et partant de l?Afrique et des Africain(e)s. Que l?on pense à l?avenir. Qu?on soit Camerounais, Malien, Guinéen, Ghanéen, Nigérian, Sénégalais, Gabonais ou d?une autre nationalité africaine, nous devons tous faire cause commune en tant que peuple.

December 21, 2010

Dans notre chronique du 06 au 12 décembre 2010 dans ces mêmes colonnes, nous redoutions déjà quelques-uns des événements qui ont eu lieu entretemps en Côte d’Ivoire : les affrontements armés entre les deux camps suivis de guerre ou menace de guerre civile, mais surtout de nombreuses victimes dans la population civile. Et même ces soldats qui meurent ne sont en fin de compte que des citoyens faisant leur travail. L’armée, cette « grande muette », est connue pour fabriquer des machines humaines exécutrices mécaniques d’ordres de toute sorte.

Il est important d’insister sur le fait que l’escalade en Côte d’Ivoire ne doit pas faire dévier du problème initial, à savoir que la volonté d’un peuple est bafouée au nom de la rivalité et de l’inimitié irréductible qui oppose deux hommes, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Cette inimitié a été exprimée aussi bien par l’un que par l’autre au cours de la campagne présidentielle, en particulier lors des discours tenus pendant la campagne du second tour. A ce propos, la vidéo suivante d’un discours de Gbagbo est révélatrice :

 

 

Dans cette vidéo, Gbagbo, après avoir égrené le chapelet des crimes d’Alassane Ouattara, laisse entendre qu’il ne permettra pas que le « père des coup d’Etats et de la rébellion » en Côte d’Ivoire prenne le pouvoir. Cela explique sans doute beaucoup de choses.

 Les deux candidats, alors qu’ils avaient affecté un respect mutuel pendant leur duel télévisé historique, ne prirent plus de gants après cela pour se traiter de tous les noms d’oiseaux, ce qui leur avait valu d’être rappelés à l’ordre par ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté internationale ». Il ne faut donc pas déplacer le débat sur le terrain de l’ingérence dans les affaires d’un État souverain. Ce n’est ni plus ni moins que de la propagande. Tout le monde sait pourquoi et comment l’ONU en est arrivée à être chargée de superviser l’élection en Côte d’Ivoire. Et tout ceux qui aujourd’hui crient à l’ingérence n’ont trouvé rien à redire lorsque ce rôle fut dévolu à l’ONU. C’est donc simplement parce qu’ils sont frustrés par le résultat final.

Le débat ne doit pas davantage être focalisé sur la question de la légalité ni de la position du Conseil Constitutionnel ivoirien. Il n’y a pas eu violation de la loi en Côte d’Ivoire dans la mesure où le processus de proclamation des résultats prévoit trois étapes : au tout début la Commission électorale indépendante (CEI), habilitée à proclamer des résultats provisoires. Insistons sur le fait que ces résultats provisoires résultent directement des procès-verbaux des commissions locales ou régionales. Il est très important de remarquer que la transmission de ces procès-verbaux est organisée de telle manière que, en même temps que la CEI, le représentant spécial de l’ONU et les états majors des partis les reçoivent. Ainsi, plusieurs instances reçoivent le même document presqu’au même moment. Ensuite vient le Conseil Constitutionnel (CC), qui statue sur les contestations et proclame les résultats définitifs. Enfin vient le représentant spécial du SG de l’Onu, qui est habilité à certifier les résultats proclamés par le CC. C’est dire qu’il peut confirmer ou infirmer ces résultats.

Maintenant, à tous ceux arguent qu’il y a empiètement sur la souveraineté de la Côte d’Ivoire parque le représentant spécial du SG de l’ONU en CI a infirmer les résultats de du CC, il convient de rappeler qu’il n’y a pas violation de la souveraineté d’un État lorsque ce dernier aliène de son propre gré tout ou partie de sa souveraineté. Ainsi, dans le cadre de l’Union africaine, les États membres ont conféré à certains organes de l’Union, comme la commission, d’importants pouvoirs pour agir sur des matières communes. Au sein de l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires), on observe également un tel transfert de souveraineté, en particulier en matière de justice, où la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage se situe au-dessus des Cour suprêmes des États. Dans le cadre de l’Union Européenne, on assiste de plus en plus à une poussée de cette tendance, qui voit les États dépouillés de leur souveraineté nationale dans le but de construire un plus vaste ensemble commun.

Par ailleurs, n’oublions pas combien la soi-disant « Communauté internationale » a mis de moyens dans ce processus. Des moyens énormes. L’accusation d’ingérence aurait donc dû être lancée depuis longtemps, et non pas seulement après que Gbagbo a perdu l’élection.

Moi qui suis Africain-Camerounais, j’ai suivi avec un intérêt croissant la situation en CI avec le secret espoir qu’elle ferait école pour le reste du continent. Mais habitué aux retournements spectaculaires des situations en Afrique, un scepticisme invincible accompagne même mes optimismes les plus justifiés. Au sein de la Diaspora africaine, j’ai suivi avec passion les débats dans les forums de discussion. De façon assez incroyable, personne ne semble douter que Gbagbo ait perdu l’élection, mais ceux qui le soutiennent disent qu’il doit garder le pouvoir même s’il a perdu l’élection, parce que Ouattara est « le candidat de l’impérialisme français ». J’appelle cela du nationalisme de mauvais aloi et de l’orgueil mal placé.

En effet, quand vous leur demandez quel cas ils font de la volonté du peuple ivoirien, ou des nombreuses victimes qui ne manqueront pas de tomber dans les affrontements inévitables, ou de l’enlisement du pays dans la violence, beaucoup ont la légèreté d’esprit de répondre qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs. On n’a donc pas déjà, de leur avis, cassé assez d’œufs comme ça ! Dans ce contexte, les déclarations à l’emporte pièce de la « communauté internationale », les ordres de Sarkozy à Gbagbo de quitter le pouvoir, les ultimatums des uns et des autres contribuent quelque par à faire le jeu de Gbagbo. Déjà, on voit de plus en plus de gens défiler sur les chaînes de télé, n’ayant que ce mot à la bouche :  « ingérence », « souveraineté ». Ceux qui hésitaient encore sont sûrement passés massivement dans le camp Gbagbo après les interventions de la ministre française des affaires étrangères et européennes, Michèle Alliot-Marie et surtout de Sarkozy, qui est honni comme la peste par les Africains. Il est vrai que la CEDEAO et l’Union Africaine s’alignent sur les positions de la "communauté internationale". Mais les partisans de Gbagbo affirment mordicus que ces organisation ne sont dirigées que d’hommes aux ordres de l’Occident, ce qui n'est pas vrai dans l'absolu.

 L’avenir de la Côte d’Ivoire ne doit pas être paralysé par la rivalité qui oppose deux individus. Il faut mettre la volonté clairement exprimée des ivoiriens au centre des préoccupations. Le candidat que cette volonté a désigné doit être mis en mesure d’appliquer le programme sur lequel il a été élu, n’en déplaise à certains ! Au reste, Ouattara n’est pas plus intéressant que Gbagbo en ce qui concerne la dépendance à des institutions étrangères. Lors du duel télévisé susmentionné, les deux candidats se félicitaient d’ailleurs de la coopération qu’ils ont avec les institutions de Bretton Woods et autres, coopération qu’ils souhaitaient poursuivre. D’ailleurs Ouattara n’a pas hésité à faire alliance avec Bédié, le père de l’odieuse notion d’ « Ivoirité » qui fit et continue de faire tant de mal. Ouattara se réclame aussi ouvertement de l’ « houphouetisme », et on sait qui Houphouet servait. La Chine n’est pas plus suspectée d’hégémonie par Ouattara que par Gbagbo. Tous deux ont le profil d’hommes de pouvoir africains typiques.

Ainsi donc, nous devons garder à l’esprit que le processus démocratique enclenché en Côte d’Ivoire aurait, s’il n’avait été brisé, institué une tradition qui ne pourrait être que bénéfique sur le long terme. Par conséquent, quiconque est à l’origine d’une interruption de ce processus doit ressentir dans toute leur force la colère et la détermination des Africains. Cela servirait aussi de message clair à tous les autres chefs d’État africains qui préparent judicieusement le terrain pour s’éterniser au pouvoir.

Que cessent donc les cris d’orfraie des fanatiques de tout bord. Ce n’est pas le sort de Gbagbo ou de Ouattara qui est en jeu dans la crise ivoirienne, c’est le sort de la Côte d’Ivoire mais surtout des Ivoiriennes et Ivoiriens et partant de l’Afrique et des Africain(e)s. Que l’on pense à l’avenir. Qu’on soit Camerounais, Malien, Guinéen, Ghanéen, Nigérian, Sénégalais, Gabonais ou d’une autre nationalité africaine, nous devons tous faire cause commune en tant que peuple. Nous devons savoir discerner entre les manipulations « françafricaines » dans l’intérêt des impérialistes, et les tentatives de manipulation « pouvoiristes » se servant de la « Françafrique ». Il est vraiment malheureux que dans des situations comme celle de la Côte d’Ivoire, des loups puissent hurler « Au loup! » dans la confusion globale où on n’arrive plus à distinguer les loups des agneaux. Les individus doivent moins nous intéresser que les peuples.

Nous devons préparer le relèvement de l’Afrique. Étant donné que nous ne sommes pas prêts à faire nous-mêmes ici et maintenant les sacrifices qui s’imposent à nous pour nous libérer, nous seront bien obligés d’accepter que des étrangers nous y aident, bien évidemment dans leur intérêt ! Nous devrons bien boire cette lie amère, aussi longtemps que nous ne voudrons pas nous regarder comme un seul peuple et nous lever comme un seul homme.

                 
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